Le mouvement sur les retraites exprime des exigences sociales générales - tribune Filpac CGT

Publié le par CGT Voix du Nord

La situation sociale échappe au gouvernement

La situation échappe à un gouvernement responsable du blocage actuel, qui a déjà perdu la bataille de l’opinion. Les ministres, conseillers et experts attitrés encombrent tous les jours les plateaux de télé et les studios de radio. Pourtant, cette énorme propagande ne passe pas ! Les salariés, actifs, chômeurs, retraités, jeunes savent ce que risque de leur coûter la « réforme » de la retraite solidaire. Bien plus, le gouvernement peut affirmer sur tous les tons que le processus d’adoption de sa loi ira à son terme et qu’il ne cédera pas, ses rodomontades sont insuffisantes pour que la mobilisation s’arrête. Même si sa « loi » est votée !

Pourquoi le gouvernement a-t-il mésestimé à ce point la mobilisation sociale ?

L’effet direct de la crise de 2008 et de ses répliques est tout bonnement ignoré d’un gouvernement tout occupé par les agences de notation et le taux de rentabilité des placements financiers. La perspective de destruction de la retraite solidaire cristallise un malaise social de fond, suscité par le séisme de cette crise. Rappelons-nous qu’en quelques jours les banques ont été ébranlées, et avec elles tout un système de croyances (le crédit individuel pour consommer, l’épargne financière comme roue de secours, la banque comme institution stable, l’emprunt pour devenir propriétaire). Et cette secousse tellurique est venue obscurcir un horizon passablement bouché par la montée des précarités et des chômages.

C’est la peur de la chute sociale qui alimente la mobilisation sur la retraite

Précisément, le système de valeurs porté par le libéralisme de Sarkozy présentait un pays dont la majorité allait accéder à la propriété immobilière, à des salaires plus élevés, à un standard de vie de couches moyennes défiscalisées. Ce système qui portait la classe moyenne nationale a détruit ce doux rêve. Ajouté à cela, un nombre croissant de salariés est exclu de la reconnaissance dans l’entreprise, et ne trouve plus de satisfaction dans une ascension sociale bloquée. L’insidieuse et omniprésente angoisse de la possible chute sociale, pour soi comme pour ses enfants, hante désormais les nuits des couches de populations qui se croyaient à l’abri des ghettos sociaux.

Les nouveaux jeunes ? La promesse de l’aube...

Les jeunes issus de ces milieux-là, hier entourés d’un confort sûr, se rapprochent de ceux des quartiers déjà naufragés, montrent une conscience sociale en rupture totale avec un individualisme présenté comme triomphant dans les classes d’âge précédentes. C’est une nouvelle génération qui arrive, déjà travaillée par les multiples ressacs de la situation sociale, vécus en direct au travers de leurs parents. Ils perçoivent très consciemment la retraite comme un futur qui leur échappe, une incertitude de long terme qui s’ajoute à l’incertitude du quotidien et aux galères ordinaires.

Désormais au centre de la situation, le syndicalisme est de retour

Décrié, annoncé comme moribond, présenté comme archi minoritaire, le syndicalisme français, uni, a montré tant ses capacités d’entraînement que ses ressources en matière d’alternatives sociales aux menées libérales. Tandis que le terrain de la négociation a été soigneusement colmaté par le pouvoir, le syndicalisme uni a cherché à investir d’autres terrains de légitimation. Et finalement, c’est la mobilisation, la manifestation et la grève, employées avec un savoir-faire consommé, qui rendent ses lettres de noblesse à ce syndicalisme, heureusement rassemblé pour la circonstance.

Le mouvement sur les retraites, révélateur d’un malaise social général et durable

L’issue du conflit sur la retraite ne s’achèvera pas par un coup de sifflet de l’arbitre et la victoire de l’un des deux protagonistes. Une nouvelle situation s’ouvre, qui va révéler une nouvelle disponibilité à l’action collective, une proximité précieuse entre jeunes, aspirant à entrer sur le marché du travail, et salariés. Le sentiment d’injustice sociale, au travers da la réforme sur la retraite, va être un puissant moteur si le carburant revendicatif l’abreuve. Il faut y voir un terrain fertile à un syndicalisme ouvert, démocratique, soucieux à chaque instant de s’adapter à l’évolution du salariat.

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