Groupe Rossel, Sudpresse: "chantage à l'emploi", dit l'AJP; "crise de la presse", répond la direction (source RTBF.be)

Publié le par CGT Voix du Nord

Les journalistes indépendants du groupe Sudpresse (La Meuse, La Capitale, …) ont reçu récemment une lettre de la direction leur indiquant que leurs articles pourraient être également publiés dans Le Soir, notamment, sans rémunération complémentaire. En cas de non-accord, la collaboration sera arrêtée. L’AJP dénonce un " chantage à l’emploi ".

Cette lettre de la direction de Sud Presse, envoyée à tous les collaborateurs indépendants, a été diffusée sur internet. La direction, évoquant la crise économique qui touche la presse écrite, indique que des "mesures vont être prises pour réduire l’ensemble des charges qui pèsent sur l’entreprise et qui hypothèquent son avenir". Parmi ces mesures, une synergie va être instaurée entre les différentes publications du groupe Rossel, dont les journaux du groupe Sud Presse et Le Soir. "Cela signifie qu’au quotidien, les journaux de Sudpresse et Le Soir vont s’échanger des informations, des articles, des photos, des vidéos et toute autre matière éditoriale", explique la lettre qui précise que les auteurs de ces contenus ne pourront pas "prétendre à une rémunération complémentaire puisque l’objectif majeur est d’assurer la survie de nos activités".

Et la direction enfonce le clou : "Ce courrier a pour objectif de vous informer de cette évolution et de veiller à ce que vous ne vous y opposerez pas. Nous le répétons : nous n’avons pas le choix, nous devons adopter ces mesures et les mettre en application sans tarder". Sudpresse précise toutefois dans la lettre que les collaborateurs qui ne seraient pas d’accord peuvent le faire savoir, "mais nous serons alors au regret de devoir mettre un terme à toute collaboration".

Une lettre "absolument inacceptable", a réagi Jean-François Dumont, de l’Association des journalistes professionnels. "C’est du chantage : la soumission ou la démission".

Pour l'un des signataires de la lettre, Philippe Miest, secrétaire général de la rédaction de Sudpresse, c'est pourtant inévitable. "La situation économique est catastrophique", répète-t-il. "Concrètement, nous ne pouvons pas travailler au quotidien avec des collaborateurs qui ont dit oui et d'autres qui ont dit non, c'est impossible à gérer", explique-t-il.

Et à côté des efforts demandés aux collaborateurs, un plan de restructuation va être appliqué. Trente salariés vont devoir quitter l'entreprise.

Au mépris de la notion de droit d'auteur

Le problème ici est en fait que les journalistes indépendants, nombreux dans les médias, sont payés à l’article (les tarifs pratiqués sont disponibles sur le site de l’AJP) et en droits d’auteur. La loi et la jurisprudence sont claires, comme le stipule le site de l’AJP : "les journalistes salariés ou indépendants sont des auteurs à part entière et bénéficient à ce titre de droits d’auteur, moraux et pécuniaires, sur leur travail. Ils peuvent donc aussi décider de céder ou non leurs droits, à leur employeur comme à un tiers".

Rien d’illégal donc si les journalistes décident de céder librement leurs droits à l’éditeur. Mais la lettre envoyée aux collaborateurs de Sudpresse "méprise toute notion de droit d’auteur", affirme Jean-François Dumont. "L’éditeur ne peut pas disposer librement des droits d’auteur, et sûrement pas gratuitement".

Pour Philippe Miest, de Sudpresse, le problème des droits d'auteur doit être revu dans un contexte de crise. "Le journaliste doit rapporter l'information et la manière dont elle est diffusée ne doit plus être le problème du journaliste, mais du patron, qui a le couteau sous la gorge".

Journaliste indépendant, statut précaire

Autre problème posé aux collaborateurs: le fait que des articles puissent être publiés dans différents journaux peut mettre dans de grandes difficultés les journalistes indépendants qui, pour s’assurer un revenu décent, doivent souvent vendre des articles à plusieurs titres. Or, si Le Soir n’est pas un concurrent direct de la DH, Sudpresse l’est bien par contre.

Interpellés par le projet de synergie du groupe Rossel, des collaborateurs de Sudpresse et du Soir ont interpellé l’AJP. Un collectif a été créé, qui comptait ce jeudi en milieu d’après-midi 60 adhésions. Ce collectif a mandaté l’AJP pour intervenir auprès du groupe Rossel. L’association a demandé une rencontre mais ne l’a pas encore obtenue.

Voilà déjà quelques mois, en effet, que le projet de synergie et les remaniements au sein du groupe Rossel posent question. Plusieurs collaborateurs indépendants ont été écartés des rédactions du Soir et de Sudpresse.

Suite au gel de la collaboration de deux pigistes qui avaient refusé de voir leur article publié dans Sudpresse, les journalistes salariés du Soir ont tenu une assemblée générale et déposé un préavis d’action pour le 20 avril, demandant notamment que l’AJP soit entendue.

Avec la crise de la presse, la profession de journaliste devient de plus en plus précaire…

Julie Calleeuw

 

Publié dans Collèges Journalistes

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